mardi 18 septembre 2018

Face au mépris de classe jupitérien

« Marre de traverser la rue, on va finir par la prendre ». La réponse d’un chômeur à Macron

M. le Président, on pourrait croire qu'on s'habituerait à votre mépris systématique des pauvres, des jeunes et des travailleurs. Et pourtant, rien n'y fait. Une nouvelle fois, vous avez franchi la ligne rouge de l'insulte, et une nouvelle fois, c'est du dégoût et de la colère que je ressens.
Crédit illustration : Nawak Illustrations

D’ailleurs, je ne vois vraiment pas pourquoi je vous respecterais, vous qui passez votre temps à nous mépriser. Pour la suite de cette lettre, je me permets donc de te tutoyer, et de remplacer « M. le Président » par « Manu ». Comme ce jeune lycéen que tu avais interpellé, et que tu n’a pas hésité à humilier publiquement.
Après les « gaulois réfractaires », les « riens » dans les gares, le « pognon de dingue » pour les bénéficiaires du RSA, l’affaire Benalla, la corruption de tes ministres et bien d’autres (la liste est longue, Manu, tu as fait fort en seulement un an !) voici donc venu le temps où tu nous expliques qu’il suffit de « traverser la rue » pour trouver un travail. Voici donc tout ce que tu as trouvé à dire aux six million de chômeurs, dont je fais partie : Bande d’idiots, vous êtes sur le mauvais trottoir.
Des rues, j’en ai traversées, Manu. En long en large et en travers. J’ai renié mes diplômes pour trouver des jobs « alimentaires », forcé d’accepter des emplois précaires, mal payés, parce qu’il faut bien remplir le frigo, payer le loyer et les factures. Depuis que je suis entré sur le merveilleux marché du travail (et tu le rends chaque jour de plus en plus merveilleux, Manu), jamais je n’ai réussi à trouver un travail à durée indéterminée. Oh, ce n’est pas une question de « mal travailler », vu que tu mets l’accent sur le « mérite » ces derniers temps, mais pour une raison toute simple, que certains de mes employeurs un tant soit peu honnêtes m’ont cyniquement expliqué : Il vaut mieux avoir à disposition des employés en contrat précaires. Il est vrai que face à la menace permanente d’un renvoi sans indemnités ni droits au chômage, on a bizarrement tendance à avaler des couleuvres pour ne pas risquer de ne plus rien avaler du tout. Je ne suis pas le seul dans ce cas. Il n’y a pas besoin d’avoir fait l’ENA, comme toi, pour comprendre que quand il y a 6 millions de chômeurs et 9 millions de pauvres, c’est bien parce que 3 millions de personnes qui ont un job ne touchent pas le minimum nécessaire pour vivre dignement.
Ma vie peut se résumer ainsi : Je trouve un travail, en intérim ou en CDD, j’accepte même du boulot où je suis payé 39h, pour en faire 60 dans la réalité. Conscient d’être surexploité, je me surprends même à me dire « ouf, je suis tranquille pour quelques mois ». Puis vient le temps du chômage et de la recherche d’un nouveau job de subsistance. Le temps venu de « traverser des rues », avec comme deadline fatidique ce que l’on appelle « fin de droits ». La plupart du temps, je me retrouve sans rien, à toucher un RSA que tu veux supprimer, en instaurant un revenu universel qui ne l’est pas, pour lequel il faut donner des gages de « non fainéantise ». Puis vient le temps où je retrouve, souvent par un concours de circonstances enfin favorable, un nouveau job. La boucle est bouclée, et le cycle morbide recommence.
Je ne pense pas que tu es un idiot, Manu, ni que tu as des œillères qui ne te font pas voir la situation telle qu’elle est pour des millions de personnes. Tu sais te montrer généreux avec celles et ceux qui font parti de ton rang social, comme en atteste le fait que tu as supprimé l’impôt sur la fortune. D’ailleurs, on en est déjà à 100 milliards d’euros de cadeaux aux patrons et aux riches, tandis que tu as alloué 8 milliards pour ton « plan pauvreté ». « Plan pauvreté » qui porte d’ailleurs remarquablement bien son nom, puisque nous, les pouilleux, serons à nouveau les dindons de la farce, et nos aides, qui ne servent pas à vivre mais plutôt à survivre, vont se réduire à peau de chagrin.
C’est bien tout ceci qui rend ton mépris d’autant plus insupportable, et notre colère de plus en plus vive. On en a marre de traverser la rue, Manu, pour se retrouver systématiquement dans des impasses. La rue, on va finir par la prendre, et ce ne sont pas tes petits Alexandre Benalla et sa clique de barbouzes qui nous arrêteront.

lundi 17 septembre 2018

Les leçons de vie d'Emmanuel Macron: Tu cherches un job? Traverse la rue!

 
 
Monsieur le Président de la République,
Vous avez répondu hier à jeune diplômé en horticulture mais sans emploi (pendant sa venue au Palais de l'Elysée lors des Journées du Patrimoine), que s'il traversait la rue, il trouverait pléthore d'offres d'emploi dans le commerce, dans la restauration, dans le bâtiment.
Vous n'avez pas tort dans l'absolu. Des offres en CDD, en horaires décalés, mal payés, en intermittence, en bas de chez lui, à 30, 40 ou 100 km de chez lui, il y en a.
Mais est-ce une réponse satisfaisante de la part d'un Président de la République?
Non. C'est en dessous de tout.
C'est revenir à lui dire que s'il n'a pas de boulot, c'est de sa faute. C'est qu'il ne cherche pas. Pas assez. Pas comme il faut. Pas où il faut.
Mais il est horticulteur. Il n'est ni serveur ni cuisinier. Sinon il aurait fait une école d'hôtellerie-restauration. Il n'est pas maçon non plus. Sinon il aurait suivi une formation dans le BTP.
Est-ce à dire qu'il faut supprimer les écoles d'horticulture parce que, bien sûr, chacun sait, et vous le premier semble-t-il, que cela ne débouche sur rien?
Doit-on choisir ses études selon les débouchés?
Si oui, dans ce cas, supprimez tout de suite les doctorats de Sciences Humaines. Pardonnez-moi cet exemple ultra ciblé mais, contrairement à vous sur ce sujet, je parle de ce que je connais.
Accuser les chômeurs et les chômeuses de se complaire, consciemment ou inconsciemment, dans leur statut de demandeurs d'emploi est d'un mépris sans nom.
Devrait-on, dès lors qu'on est jeune diplômé, parfois après de nombreuses années, renoncer immédiatement au diplôme fraîchement obtenu pour se tourner dans la seconde vers des filières qui recrutent?
Pensez-vous que tout le monde a les compétences et les qualifications pour travailler dans le bâtiment, la restauration ou le commerce de proximité?
Est-ce cela votre plan pour résorber le chômage?

Et l'humain dans tout ça, vous en faites quoi?
La sensation de culpabilité et d'inutilité sociale, la mise à l'écart, la stigmatisation quotidienne par les politiques (de tous bords pour le coup, puisque Jean-Marie Le Guen s'est brillamment illustré il y a deux ans également), cette honte de se dire qu'on profite du système (qu'on a nous-mêmes contribué à financer puisqu'on a cotisé des années pour avoir "le droit" au chômage), qu'on n'est rien que des feignasses avec un poil dans la main. 
Le doute même: celui qui nous fait penser qu'on n'aurait jamais dû faire de telles études puisqu'elles ne servent à rien, qu'elles ne débouchent sur rien, sinon un satisfecit personnel d'avoir étudié pendant plusieurs années un domaine, une passion, parfois au prix de sacrifices personnels et / ou matériels.
Oui, le chômage est un sujet qui me tient à cœur. Parce que j'ai été au chômage 19 mois indemnisé à 860€ par mois (et réjouissez-vous Monsieur le Président de la République, je ne compte pas les 2 mois pendant lesquels je n'ai rien touché. Pas un euro. RIEN). Mais je l'ai bien cherché. Je n'avais qu'à pas faire des études longues dont tout le monde se fout. Je n'avais qu'à me reconvertir sitôt mon diplôme en poche.
Et pourtant, j'ai essayé, Monsieur le Président de la République.
Des rues, j’en ai traversées pendant 19 mois entre 2011 et 2013.
Des candidatures spontanées, j’en ai envoyées: plus de 450.
Des offres, j’en ai reçues. Environ 200. Et j’ai répondu. J’ai postulé. J’ai décroché 30 entretiens en tout. Plus de 150 sont restées sans réponse.
Trop qualifiée (bac + 8). Pas assez expérimentée (6 ans d’enseignement dans le supérieur).
Des rendez-vous chez Pôle Emploi, j’en ai eus. 4 en 19 mois.
Par contre, j’avoue, mea culpa, je n’ai pas postulé aux offres d’hôtesse de charme sur le web, ni assistante sociale dans l’armée de l’air avec 6 mois de classes à Salon de Provence, ni chargée de sciences sociales en études hébraïques, ni testeuse de jeux vidéos rémunérée "au test", ni conductrice de bus. 
J’avoue. Je n’ai pas postulé parce que j’ai eu le sentiment que Pôle Emploi se foutait de ma gueule. 
Et j’avais beau être une chômeuse, et donc une feignasse par définition, j’avais encore un peu d’estime pour le doctorat que je venais d’obtenir.
Alors, vos leçons de vie, Monsieur le Président de la République - d'une vie dont vous ne mesurez pas une seule seconde ni les enjeux, ni les difficultés -, merci bien. J’en ai soupé.
Et votre mépris n'a d'égal que celui de Laurent Wauquiez qui déclarait il n'y a pas si longtemps que l'assistanat était un cancer de la société.
Et bien, moi, Monsieur le Président de la République, ancienne chômeuse, ancienne feignasse, ancienne inutile de la société, moi qui ne fut "rien" pour reprendre vos mots, je vous emm...
Je ne finis pas ma phrase, parce que je suis une lâche. Mais je n'en pense pas moins.
 

dimanche 16 septembre 2018

Un véritable simulacre...

Le féminisme made in Schiappa : pot-pourri de réactionnaires à son Université d’été

Organisée sous l'égide de Marlène Schiappa, la première université féministe du gouvernement Macron s'est tenue ce jeudi 13 et vendredi 14 septembre. Alors que cet événement prétendait mettre « les projecteurs sur les femmes et hommes engagés pour l'égalité », Marlène Schiappa a invité Elisabeth Levy, Lunise Marquis, Raphaël Enthoven ainsi que Peggy Sastres, qui se sont démarqués par leurs propos et théorisations réactionnaires et profondément sexistes. De quoi questionner et susciter la polémique..
Cette première université d’été organisée par le gouvernement Macron, sous l’égide de la secrétaire d’Etat à l’Egalité entre femmes et hommes, Marlène Schiappa, suscite en effet de nombreuses polémiques et réactions. Et pour cause. Alors que la parole des femmes dénonçant l’oppression sexiste tend constamment à être étouffée et que le mouvement #MeToo s’est heurté à son lot de réactions sexistes visant à décrédibiliser le mouvement, la parole des femmes ainsi que la réalité systémique et structurelle des violences de genre, Marlène Schiappa, la caution féministe du gouvernement antisocial de Macron, n’a pas trouvé mieux que d’inviter et de donner une tribune à des personnalités politiques dont l’antiféminisme n’est plus à prouver.
Ainsi, Elisabeth Levy, directrice du très droitier magazine Causeur et signataire de la très réactionnaire tribune sur le « droit d’importuner les femmes » de Catherine Deneuve , Peggy Sastre, elle aussi signataire de la tribune, mais aussi Lunise Marquis du Printemps Républicain, ou encore le philosophe Raphaël Enthoven, connu pour ses sorties racistes et sexistes, ont été invités à l’université d’été du féminisme organisée par le gouvernement.
La justification de leur présence ? D’après Marlène Schiappa, le féminisme n’est « ni une secte ni une marque déposée » et « le mouvement féministe n’a jamais été monolithique et a toujours été traversé de différents courants se croisant et, parfois s’affrontant », prônant par la suite le « le droit à la parole ». Seulement, comme le déclarait Christine Delphy, l’antiféminisme, que prône toutes ces personnalités, n’est pas un courant du féminisme. Il est par ailleurs ensuite curieux de revendiquer le « droit à la parole » pour justifier de leur accorder une tribune dans un événement qui se veut féministe quand ces derniers sont les premiers à tenter d’étouffer la parole de celles et ceux qui dénoncent l’oppression patriarcale et qui en sont victimes.
A cet exercice, Elisabeth Levy a, comme à son habitude, tapé fort. Après s’être indignée à l’égard des huées qui lui étaient adressées - qualifiant cela de « signal faible de la barbarie » … - cette dernière a à nouveau totalement nié l’oppression patriarcale, tentant de minimiser et invisibiliser les violences de genre. Ainsi, selon elle, il n’y a pas de culture du viol, car le « viol reste l’exception » - niant la dimension systémique des violences de genre et la multiplicité des formes que cela prend dans la société. Elle poursuit ensuite avec ceci : « Je crois qu’aujourd’hui la condition des femmes n’a rien à voir avec le récit victimaire qui est délivré par Me too. Je vois autour de moi des femmes qui ne vivent pas cette vie de domination, de souffrance et d’humiliation. C’est tout simplement pas un bon récit ». Quid de ses déclarations les plus réac et nauséabondes, après l’atelier qu’elle a animé, cette dernière a regretté, dans une interview avec Guillaume Meurice, « l’idée que le désir en général doit être transparent, que la sexualité doit être transparente, que quand on dit non, c’est non. Moi j’ai souvent dit non en pensant oui. Et toute la littérature française s’arrêterait très vite si quand on dit non c’est non ». Des déclarations qui ne font rien d’autre que de justifier et encourager les violences sexuelles.
Peggy Sastre, également signataire de la tribune de Catherine Deneuve, a quant à elle regretté le fait que dorénavant les hommes auraient « peur » et que certaines femmes s’en féliciteraient : « les femmes et féministes disent maintenant les hommes ont peur, et elles sont très contentes de ça. Déjà qu’avant les rapports civilisés hommes femmes étaient un peu pourris, on pourri encore plus les rapports humains, on criminalise des comportements qui sont bénins ». Quand dénoncer les violences sexuelles, renvoyées par ailleurs à des faits « bénins », signifie pourrir les rapports humains...
Mais c’est la présence de Raphaël Enthoven, le professeur de philosophie invité pour introduire le thème « la place des hommes dans le féminisme », qui, sur un ton virulent et arrogant - « Si vous me permettez je vais finir, après vous pourrez m’interrompre » - a tenté de donner une leçon de féminisme à toutes ces femmes et féministes qui n’y comprennent rien, qui a provoqué le plus de réactions et d’indignations.
Et pour cause, ce dernier a déroulé un monologue agressif fustigeant la non-mixité, accusée de « favoriser la tentation de replis communautaires » et d’être responsable de la « racialisation croissantes des discours ». Une rhétorique bien rodée pour ce philosophe qui, sous couvert d’une croisade contre un pseudo communautarisme genré et racisé qui mettrait en danger l’universalisme républicain, véhicule racisme et sexisme.
Après s’en être pris à la sociologue Nacira Guénif, la dessinatrice Emma et l’association féministe Lallab, ce fut au tour des victimes de #MeToo d’être, à nouvelle fois dans cette université d’été « féministe » made in Schiappa, prises à parti. Ainsi, selon Raphaël Enthoven, après avoir dénoncé les violences sexuelles perpétrées à leur égard, les femmes doivent retourner à leur place et la fermer puisque ces dernières, trop impliquées, ne peuvent émettre un avis et une prise de position sur ce sujet : « Les victimes sont plutôt mal placées pour juger du juste et de l’injuste ». « La souffrance n’est pas un diplôme. Être victime n’est pas un passe-droit, c’est une exigence supplémentaire. ». Un pot pourri d’idées réactionnaires pour ce philosophe qui a pour habitude de se positionner comme victime d’un pseudo sexisme inversé et racisme anti blanc, allant jusqu’à déclarer dans une interview accordé au journal Le Point " J’aimerais être une femme noire pour pouvoir dire la même chose de la même manière et qu’on arrête de m’emmerder avec mon sexe ou ma couleur de ma peau" …
Lunise Marquise, du printemps républicain, a quant à elle été d’une violence inouïe envers la représentante de l’association féministe Lallab lors du débat sur le port du voile, qui s’est faite insulté à la fin du débat, comme le mentionne sur tweeter l’association : « Nous sommes actuellement sous le choc. Un débat court, Laura n’a pas eu la parole pour dire tout ce qu’elle souhaitait dire et des insultes ont fusé à la fin. C’est inadmissible et honteux. Malheureusement, une fois de plus, nous n’avons pas pu avoir la parole ».
Accompagné de tout ce beau monde, la présence des membres du gouvernement qui n’ont cessé de mettre en place, depuis le début du quinquennat Macron, des réformes visant à précariser davantage la situation des femmes. Ainsi, pour l’atelier « Femmes et travail », c’est la ministre du travail, Muriel Pénicaud, qui a porté la Loi Travail XXL, réelle attaque contre le monde du travail et plus particulièrement contre les secteurs les plus précarisés, en premier lieu les femmes , qui a défendu, en toute hypocrisie, la nécessité et la tension du gouvernement pour la mise en place de Loi relatives à l’égalité hommes femmes dans les entreprises.
Tout ceci témoigne que cette université d’été du féminisme organisée par Marlène Schiappa, qui a par ailleurs coûté plus de 300 000 euros, à l’heure où le gouvernement ne cesse de précariser les femmes et les associations féministes qui sont étranglées depuis plusieurs années par les coupes budgétaires, poussant certaines d’entre elles à la fermeture, n’est qu’une mascarade et un vernis social pour un gouvernement des riches profondément impopulaire et qui mène une politique desservant les droits des femmes et de tous les opprimés.

Le social, sauce Macron

Suppression du RSA : Avec le plan pauvreté, pour obtenir une aide, il faudra travailler !

Ce jeudi 13 septembre, le gouvernement présentait son plan pauvreté, censé représenter le « tournant social » de Macron. Et en guise de tournant, il ne s'agit ni plus ni moins que d'une attaque supplémentaire contre les plus précaires, saupoudrée de miettes.
Crédits : indigne-du-canape.com
Initialement prévu durant l’été, le « plan pauvreté » d’Emmanuel Macron , qui verra l’État investir 8 milliards d’euros sur quatre ans, a été présenté, ce jeudi 13 septembre. Devant marquer un « tournant social » du quinquennat, et démontrer que Jupiter n’était pas un « président de droite », c’est pourtant une nouvelle attaque contre les plus précaires qui est à l’ordre du jour.
C’est autour du revenu universel d’activité, mesure surprise de la réforme, que la polémique s’articule. Rappelant le leitmotiv de Benoît Hamon lors de la présidentielle – l’ex-candidat a d’ailleurs accusé Macron de le « singer » - l’emballage du nom est pourtant trompeur, et c’est fait pour. En effet, ce revenu universel d’activité n’a rien... d’universel justement. Concrètement, il faudra, pour en être bénéficiaire, signer un contrat d’engagement, avec obligation de s’engager dans un parcours d’insertion, se situer en dessous d’un certain seuil de revenu et, surtout, toutes celles et ceux qui auront refusé deux emplois « raisonnables » en seront privés ! Dans les faits, cette soit disant réforme anti-pauvreté n’est rien d’autre qu’une façade, le but étant de contraindre les bénéficiaires de ce « revenu universel d’activité » à choisir entre deux options : Accepter un boulot, même précaire, ou crever !
Car ce n’est pas tout ! Le revenu universel d’activité se présente comme étant la fusion du plus grand nombre de prestations possible . Exit, par exemple, le revenu de solidarité active (RSA), qui fournit déjà un minimum bien maigre pour survivre. D’autres aides vitale sont comprise dans le package, comme les APL et la prime d’activité. Pire, ce système de fusion des aides sociales, déjà mis en pratique en Grande Bretagne, a débouché outre-Manche sur une réduction des revenus des plus précaires. Si Macron a affirmé que ce ne serait pas le cas avec ce plan pauvreté, nous sommes en droit d’émettre de sérieuses réserves.
Si quelques mesures, telle que la cantine à 1€ ou la création de crèches dans des quartiers jugés « prioritaires », sont également dans le texte, le fameux plan pauvreté n’est rien d’autre qu’une attaque supplémentaire contre les plus précaires. Une réforme, déjà largement épinglée dans la presse comme sur les réseaux sociaux, qui peine à arracher l’étiquette qui colle, et va tellement bien, à Macron : Celle du « président des riches ».

"Sorcières", de Mona Chollet, explique pourquoi les femmes qui ne veulent pas d'enfant sont vues comme les sorcières d'aujourd'hui

La figure de la sorcière guide celles qui ne correspondent pas aux stéréotypes attendus.

LIVRES - Quel est le point commun entre les femmes qui ne désirent pas d'enfant aujourd'hui et les sorcières d'autrefois? Pour la journaliste du Monde diplomatique Mona Chollet, dont le livre "Sorcières - La puissance invaincue des femmes" est paru jeudi 13 septembre, ces deux types de femmes se ressemblent plus qu'on ne le croit.
Dans cet essai, l'auteure de "Beauté fatale" et de "Chez soi" décortique cette figure de notre histoire -et de notre imaginaire- et démontre comment des femmes d'aujourd'hui, celles qui s'émancipent de certaines normes sociales, sont en fait des héritières directes de celles qu'on traquait, chassait, censurait, éliminait à la Renaissance.
"Elles ont réprimé certains comportements, certaines manières d'être. Nous avons hérité de ces représentations forgées et perpétuées au fil des siècles. Ces images négatives continuent à produire, au mieux, de la censure, ou de l'autocensure, des empêchements; au pire, de l'hostilité, voire de la violence", explique Mona Chollet, qui relève trois types de femmes étant des sorcières des temps modernes: "la femme indépendante -puisque les veuves et les célibataires furent particulièrement visées; la femme sans enfant -puisque l'époque des chasses a marqué la fin de la tolérance pour celles qui prétendaient contrôler leur fécondité, et la femme âgée -devenue, et restée depuis, un objet d'horreur".
C'est surtout la deuxième catégorie de femmes, celles qui font le choix de ne pas devenir mères, qui a donné à Mona Chollet l'envie d'écrire sur les sorcières, comme elle l'explique à Cheek Magazine.
Refuser d'être mère
De nos jours, souligne la journaliste, seulement 4,3% des femmes françaises déclarent ne pas vouloir d'enfant. Le nombre de femmes sans enfant a même baissé tout au long du XXe siècle. Aux États-Unis, elles sont aussi de plus en plus nombreuses.
Dans cette enquête passionnante, Mona Chollet analyse les motifs, tellement divers, qui ont pu motiver et motivent encore certaines femmes à résister, d'une certaine manière, à ce que la société attend d'elle: devenir mères.
Parmi celles-ci, le refus de mettre au monde un enfant qui n'a rien demandé, dans une société qui ne semble pas à la hauteur, avec un avenir qui paraît s'assombrir. Mona Chollet cite ainsi l'écrivaine française Corinne Maier qui voit "dans la procréation le verrou du système actuel, dans la mesure où elle nous conduit à perpétuer un mode de vie qui nous mène à la catastrophe écologique". Pour Corinne Maier, "nous vivons dans une société de fourmis, où travailler et pouponner modèle l'horizon ultime de la condition humaine. Une société pour laquelle la vie se limite à gagner son pain et à se reproduire est une société sans avenir car sans rêves".
Ascension sociale
Mona Chollet décrit également les envies et parcours de ces femmes qui, en prenant la décision de ne pas enfanter, s'extraient de leur milieu social, poursuivent leurs ambitions, grimpent les échelons et attribuent leur ascension à cette décision. Par exemple, Gloria, 43 ans, qui décrit dans les travaux de la chercheuse Carolyn M. Morell: "Si j'avais été gentille et docile, aujourd'hui, je vivrais probablement en Floride avec six enfants, je serais mariée à un mécanicien et je me demanderais comment payer la prochaine facture".
La journaliste évoque également ces femmes qui ne veulent pas reproduire le schéma de leur propre enfance malheureuse, celles qui trouvent que la vie est dure et ne veulent pas la transmettre, celles qui veulent mener leur vie seules ou au contraire se consacrer pleinement à leur couple, sans tierce personne dans le cocon. Au final, il existe sûrement autant de raisons de ne pas enfanter que de femmes.
C'est sans compter toutes celles qui sont mères mais regrettent de l'être, un tabou peut-être encore plus important mais qu'on a pu voir émerger en 2016 en Allemagne à travers le hashtag #RegrettingMotherhood.
Sorcières modernes
Quant à Mona Chollet, qui livre régulièrement son expérience personnelle tout au long de l'essai, elle estime, par exemple, ne pas pouvoir "ajouter un membre à la société alors que celle-ci a si spectaculairement échoué à établir un rapport harmonieux à son milieu vital et semble si bien partie pour le détruire tout à fait".
En quoi ces femmes sont-elles des sorcières d'aujourd'hui? Parce qu'à leur époque, entre autres, elles étaient celles qui n'enfantaient pas, qui vivaient à l'écart de la société.
Ces dernières années, à travers les mouvements féministes, la figure de la sorcière a considérablement gagné en popularité. Si certaines livrent leurs recettes de potions ou d'amulettes sur les réseaux sociaux, d'autres se reconnaissent dans le pouvoir très particulier des sorcières: celui de s'extraire des injonctions sociales, des représentations attendues de la féminité, renversent l'ordre des choses et choisissent de vivre telles qu'elles l'entendent. Un pouvoir qui, aujourd'hui comme à la Renaissance, rend ces femmes aussi menaçantes que fascinantes.

mercredi 5 septembre 2018

Après le printemps 2018, quelles bases pour une alliance étudiants-ouvriers ?

Cinquante ans après mai 68, il faut que le mouvement étudiant reprenne une des discussions qui a animé tout le mouvement étudiant d’alors, du quartier latin à Caen en passant par Nantes, c’est à dire son rapport au mouvement ouvrier, après un printemps 2018 qui a vu les cheminots et les étudiants opérer de réelles tentatives de convergence.
lundi 3 septembre

Le printemps 2018 et le retour de la question de la convergence des luttes

Ce printemps, une fois de plus, la classe ouvrière, à travers les cheminots, s’est imposée comme sujet central de la lutte contre les attaques du patronat, représenté aujourd’hui par Macron. Car si le mouvement étudiant a quelque peu inquiété le gouvernement, notamment au moment où il s’agissait d’évacuer les facs occupées, c’est bien les cheminots qui étaient au centre des préoccupations du gouvernement, qui a tenté au printemps de faire plier un des secteurs les plus combatifs du mouvement ouvrier, sans y arriver malgré trois mois de lutte et une défaite sur la question revendicative.
S’il existe toujours des gens pour dire que tous les mouvements sont égaux entre eux, le mouvement des cheminots a montré, malgré toutes ses limites, notamment en termes d’auto-organisation, que c’est bien la classe ouvrière, par sa place décisive dans le processus de production, qui est capable d’effrayer la bourgeoisie au point où elle est obligée de mentir publiquement sur les présupposés privilèges des cheminots qui étaient devenus, entre février et mars, des salariés payés 5000€ par mois et avaient plus de 75 jours de congé.
Pour les étudiants qui occupaient et bloquaient leurs facs, le lien avec le mouvement cheminot s’est tout de suite imposé dans la réalité politique. Si chronologiquement, le mouvement étudiant ne commence réellement à prendre de l’ampleur après le 22 mars, ce n’est pas seulement à cause de l’attaque fasciste qui a eu lieu à Montpellier : le même jour, un tiers des cheminots s’est mis en grève malgré les timides appels de la CGT Cheminots à une « journée de manifestation ». C’est la détermination des cheminots qui a ouvert la voie, pour la première fois depuis l’élection de Macron, à une victoire de notre classe sur le gouvernement. La centralité du mouvement cheminot s’est aussi rapidement imposée sur la question programmatique, avec dès le départ le sentiment des étudiants mobilisés qu’il fallait converger avec les cheminots, avec notamment la formule « les cheminots veulent pouvoir envoyer leurs enfants à la fac et les étudiants ne veulent pas payer 300€ par mois pour les transports » ou encore « même Macron même combat ». Là étaient les bases d’une réelle « convergence des luttes » entre cheminots et étudiants, qui, bien qu’insuffisamment développée, a pu faire émerger des questions qui semblaient quelque peu enfouies dans l’imaginaire du mouvement étudiant.
L’inconvénient avec l’expression « convergence des luttes », c’est qu’elle est assez floue pour que tous les courants de la gauche, qu’elle soit réformiste, autonome ou révolutionnaire, s’en revendique, expliquant que c’est la principale arme pour faire face à Macron et à ses réformes. Voilà un flou qu’il s’agit de préciser : aujourd’hui, il faut poser la question de la convergence comme celle d’une alliance entre le mouvement étudiant et le mouvement ouvrier. Cette formule, loin d’être un simple exercice formel, permet surtout de mieux comprendre les tâches qui incombent aujourd’hui révolutionnaires dans le mouvement étudiant.

Reconstituer la force sociale du mouvement étudiant

Tout d’abord, poser la question comme celle d’une alliance entre mouvement étudiant et mouvement ouvrier suppose d’une part l’existence d’une classe ouvrière seule capable d’être un moteur pour l’émancipation de tous les exploités et les opprimés.
Mais cela suppose aussi l’existence d’un mouvement étudiant compris comme une force sociale à un moment t. Cela paraît anodin, mais aujourd’hui beaucoup de camarades de lutte, notamment les autonomes, nient cette capacité des étudiants, à se poser, face à des attaques du gouvernement, comme un mouvement étudiant en soi. Cette négation s’incarne par exemple dans le concept de « multitude » de Toni Negri, qui en effaçant ce caractère de force sociale au profit d’une dilution dans la multitude des individus en lutte contre le système capitaliste, efface la capacité du mouvement étudiant à se penser comme sujet politique.
Cela s’est incarné particulièrement à Tolbiac dans la dynamique de l’occupation, à travers la logique selon laquelle les personnes « légitimes » pour prendre les décisions ne sont pas les étudiants réunis en AG contre la sélection, mais l’ensemble des « occupants » de la Commune Libre de Tolbiac, qu’ils soient étudiants, sans-logis, sans-papiers, ou parfois même salariés. Si évidemment, l’attractivité de Tolbiac montre aujourd’hui la persistance, dans de nombreux milieux, de la volonté d’en découdre avec l’État bourgeois, la dynamique des AG d’occupations a tout simplement désarmé le mouvement étudiant, incapable de se recomposer autour de revendications qui lui sont propres et à mêmes de se constituer comme une force sociale.
Un seul contre-exemple semble émerger, celui du Mirail à Toulouse, où la faiblesse du mouvement autonome et une maturité politique plus développée qu’ailleurs, liée notamment au nombre important de mouvement locaux (lié à l’assassinat de Rémi Fraisse ou encore contre la fusion des universités toulousaines), ont fait que le mouvement toulousain a pu se développer autour de revendications plus « étudiantes ». Cela s’est fait sans corporatisme, avec un mouvement très lié à la grève des personnels administratifs, mais avec l’attention portée aux liens tissés avec des secteurs salariés, notamment les cheminots, même si cela reste pour l’instant au stade de démonstrations isolées, comme le meeting de soutien à la bataille du rail. Toutefois, il convient de préciser que la dynamique propre au Mirail en fait un cas assez particulier, avec depuis plusieurs années une lutte principalement centrée autour de l’enjeu de la fusion des universités toulousaines, et tirée en partie par les revendications des BIATS.
A l’opposé des théories negristes sur la « multitude », une des facettes du mouvement étudiant à reconstruire dans la phase de transition actuelle dans laquelle il se trouve, c’est la reconstruction d’une identité du mouvement étudiant autour d’une question centrale, celle qui la touche en premier ordre, c’est à dire celle du rôle de l’université dans la société, de la critique de cette université bourgeoise qui subit aujourd’hui les attaques du patronat pour l’asservir la plus efficacement à ses intérêts, au mépris des aspirations des étudiants. Le débat, pourtant primordial, du rôle de l’université dans le système de domination bourgeois, est un débat que les révolutionnaire se doivent de relancer dans les universités.
En ce sens, les ateliers alternatifs qui ont pu être proposés dans les facs occupées n’ont été qu’un début de la lutte pour une autre université. Dire qu’il faut que le mouvement étudiant, qui est aujourd’hui dans une phase de transition, doit se repenser comme sujet propre avec ses revendications ne veut pas dire qu’il faut promouvoir une politique corporatiste comme a pu le faire l’UNEF en son temps. En effet, toute stratégie corporatiste qui penserait que les étudiants pourraient gagner seuls, ou que les occupants d’une fac pourraient gagner seuls sans alliance avec la classe ouvrière en lutte ne peut mener qu’à l’échec, comme l’ont tragiquement démontré les évacuations des facs occupées ce printemps.

Ce n’est cependant qu’un préalable nécessaire pour que les étudiants puissent s’allier en tant que sujet politique au mouvement ouvrier dans une idée d’alliance entre deux forces sociales. Cela est, par ailleurs, totalement en contradiction avec l’idée d’une convergence des luttes qui se ferait par des échanges entre des personnes de secteurs différents parlant en leur propre nom, que ce soit à l’échelle inter-individuelle ou grâce aux « AG de lutte » proposées ici ou là par certains courants autonomes.

Quel pacte étudiant-ouvrier aujourd’hui ?

Une des bases de l’alliance entre le mouvement ouvrier et le mouvement étudiant est une critique radicale et sans compromis de cette université au service de la bourgeoisie. Aujourd’hui, si l’université a pour rôle central de former des travailleurs en fonction des besoins de l’économie capitaliste, il faut aussi voir son rôle dans la fabrique de l’idéologie dominante. Face à cela, les principaux écueils consistent nier son caractère de classe et vouloir d’une part ou bien « Sauver l’université » ou d’autre part vouloir, « ici et maintenant », à l’instar des autonomes, faire de l’université un lieu de vie alternatif émancipé du capitalisme.
Il s’agit plutôt, dans une logique « permanentiste », de s’appuyer sur les marges de manœuvre disponibles dans l’université pour esquisser ce que serait une fac au service des intérêts du plus grand nombre.
Ne peut-on pas imaginer que les médecins et biologistes qui réfléchissent à comment développer des vaccins et des médicaments utiles à tous et toutes (pour une contraception facile et accessible à tous, contre les maladies rares...) plutôt que les produits cancéreux produits par Sanofi ?
Ne peut-on pas imaginer des ingénieurs qui réfléchissent à des voitures plus propres qui ne sont pas obsolètes après 150 000km, plutôt que réfléchir à des moyens de trafiquer les contrôles d’émission des particules du diesel comme on a pu le voir récemment ?
Ne peut-on pas imaginer des historiens qui cherchent à faire revivre l’histoire du mouvement ouvrier et de la lutte des classes plutôt que s’évertuer à expliquer par des démonstrations bancales que la classe ouvrière a disparu ?

Penser une université qui soit réellement au service de tous et toutes suppose de fait de passer, selon la formule née en 1968, « de la critique de l’université de classe à la critique de la société de classe ». Cette critique de la société de classe, et la compréhension, à l’échelle de masse, de la force prédominante de la classe ouvrière dans l’émancipation, doit être un des chantiers à reconstruire. En mai 68, les étudiants s’étaient rendus devant Renault Billancourt avec une banderole portant l’inscription « prenez de mains fragiles nos drapeaux de lutte », exprimant cette conscience de la centralité de la classe ouvrière dans la lutte pour le socialisme. Reconstruire cette identité suppose aujourd’hui de développer, chaque fois que c’est possible, le soutien des étudiants au mouvement ouvrier en lutte, pour tisser ces liens et lui apporter tout ce dont il capable, de sa fougue à ses compétences (l’étudiant en droit ne pourrait-il pas défendre les grévistes poursuivis par le patron ; l’étudiant en droit ne pourrait-il pas participer à la déconstruction des discours de François Lenglet sur la crise ?). C’est une des raisons pour laquelle au printemps dernier, de nombreux camarades du NPA Jeunes ont poussé pour développer ces initiatives, à travers des meetings de soutiens, ou encore des concerts de soutien. Pour ne prendre que l’exemple de Tolbiac, le 14 avril, plus d’un millier de personne s’est pressée à Tolbiac pour alimenter les caisses de grèves des cheminots, en récoltant 6000€ en une soirée !
Cet exemple parmi d’autres incarne une des voies dans lequel le mouvement étudiant, à la croisée des chemins, pourrait s’engager : un mouvement étudiant qui lutte non seulement pour des facs ouvertes à tous et toutes, mais aussi pour une fac utile à tous et toutes, en se solidarisant avec toutes les luttes des exploités et des opprimés, que ce soit les cheminots de la bataille du rail, mais aussi une jeunesse internationaliste, qui soutienne aujourd’hui les jeunes nicaraguayens qui se font aujourd’hui massacrer et les mouvements étudiants contre la casse de l’université en Argentine. Voilà, un des principaux bilans que l’on doit tirer de cette lutte contre la sélection : il faut renouer avec la tradition de 68 qui avait lié le destin des étudiants à celui de la classe ouvrière et de ses combats.
 

À Paris, des militants antifascistes rendent hommage à Clément Méric sur les lieux de sa mort

Les soutiens du jeune militant tué en 2013 qualifient de "politique" le procès qui s'ouvrait aux assises, mardi 4 septembre.

JUSTICE - "On n'oublie pas". Mardi 4 septembre, le procès de trois skinheads, qui doivent répondre de la mort de Clément Méric, s'ouvrait aux assises à Paris. En juin 2013, au centre de la capitale, ce jeune militant antifasciste de 18 ans avait été tué lors d'une rixe impliquant notamment des membres du mouvement nationaliste Troisième Voie.
Comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête d'article, des soutiens de Clément Méric ont profité de la journée d'ouverture du procès pour se réunir sur les lieux de la mort de leur camarade. Plusieurs dizaines de personnes ont entonné le célèbre slogan italien "Siamo tutti antifascisti", avant de symboliquement renommer la rue où a eu lieu le drame en l'honneur du jeune étudiant à Science Po.
Les soutiens de Clément Méric ont particulièrement tenu à souligner le caractère "politique" du procès. "Ça n'a rien à voir avec juste une bagarre qui aurait dégénéré", précise Charlie, étudiante et membre du syndicat Solidaires étudiants. "Clément Méric et ses amis ont été identifiés et attaqués parce qu'ils étaient antifascistes. En ça, c'est politique", ajoute la jeune femme au micro du HuffPost.
Il y a une recrudescence d'actions de groupuscules d'extrême droite avec l'impression que ce gouvernement ne prend pas vraiment la mesure des choses.Éric Coquerel, député France insoumise
D'ici le verdict attendu le 14 septembre prochain, cette politisation du débat risque d'être farouchement combattue par la défense. Au premier jour du procès, le principal accusé, Esteban Morillo, 25 ans, présumé auteur du coup fatal, a relativisé ses sympathies ultranationalistes, mais aussi un tatouage à la gloire du régime de Vichy qu'il arborait jusqu'à tout récemment.
"Vous aviez tatoué "Travail, famille, patrie" sur votre bras. Pourquoi?", a demandé la présidente Xavière Siméoni. "Ben, je trouvais que la devise était belle, je ne savais pas que ça avait un rapport avec Vichy (le régime français qui collabora avec l'Allemagne nazie, ndlr). Je l'ai découvert après", a rétorqué l'accusé, qui affirme avoir quitté cette extrême droite "de gros bourrins".
Esteban Morillo et son acolyte Samuel Dufour, 25 ans, encourent jusqu'à 20 ans de réclusion criminelle pour des violences "ayant entraîné la mort sans intention de la donner", commises en réunion et avec arme - en l'occurrence un poing américain. Le troisième accusé, Alexandre Eyraud, 29 ans, est lui jugé pour des violences aggravées passibles de 5 ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende.

 https://www.huffingtonpost.fr/2018/09/04/a-paris-des-militants-antifascistes-rendent-hommage-a-clement-meric-sur-les-lieux-de-sa-mort_a_23516951/?utm_hp_ref=fr-homepage